Pour un

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langage non sexiste !

Un site présenté par Eliane Viennot


les accords

L'invention

du «masculin qui l'emporte sur le féminin»

«Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif.»
Scipion
Dupleix
Liberté de la langue françoise, 1651.
Cette règle que nous apprenons à l'école primaire, et que l'on croit consubstantielle au français, a été mise au point au XVIIe siècle. Elle semble avoir été préconisée par François Malherbe, poète qui anima de nombreuses conférences sur la langue française dans les premières années du siècle, et qui fit de nombreux adeptes en proposant de la «purifier». Il pensait en effet que les générations précédentes avaient laissé s'introduire trop de néologismes dans cette langue, et que les poètes qui s'étaient proposé de l'enrichir (notamment la Pléiade) avaient été trop laxistes. Malherbe n'ayant jamais publié d'ouvrage théorique, on trouve des traces de ses idées (sur cette question et d'autres) dans son annotation des Premières Œuvres de Philippe Desportes, qui dataient des années 1570, et que ce poète avait fait reparaître en 1600.

Parmi toutes les idées qui fleurirent alors, l'une des premières à avoir séduit les grammairiens masculinistes paraît celle selon laquelle, lorsque plusieurs substantifs de genre différents s'se rapportent à un adjectif ou à un participe passé, ceux-ci doivent porter la marque du masculin pluriel. Leurs arguments linguistiques, quand ils en ont, sont faibles: ils prétendent que les énoncés sont ambigus lorsqu'on fait autrement. Le plus souvent, ils allèguent des arguments politiques se référant à l'ordre des sexes, comme on le voit dans la citation ci-contre.

Comment

faisait-on avant? et après l'invention?

Ronsard, 1563 :
«afin que ta cause et la mienne soit connue de tous» (Réponse […] aux injures et calomnies)

Corneille, 1644 :
«Sans que ni vos respects, ni votre repentir
Ni votre dignité vous en pût garantir»
(La Mort de Pompée)

Gabrielle Suchon, 1699
«elles n’ont point d’autre défaut qui les empêche de regner, de gouverner, de commander et de conduire, que celui que leur impose la coutume, les lois et le pouvoir absolu des hommes.»
(Traité de la morale et de la politique…)

Thiers, 1839 :
«Arrestation, procès et supplice de Danton, Camille Desmoulins, Philippeau, Lacroix, Hérault-Séchelles, Fabre d’Églantine, Chabot, etc.»
(Histoire de la Révolution française, Table des matières du vol.5)

L'ancienne langue française ignorait cette règle – comme le latin. Les textes d'ancien français attestent tous les cas possibles. L'accord peut se faire au féminin, au masculin, au pluriel ou au singulier. Le plus souvent, l'accord se fait avec le mot le plus proche («règle de proximité»). Au-delà de l'adjectif (ou du participe), ce choix peut toucher le verbe conjugué lui-même.

  • Voir les exemples ci-joints

L'absence de règle a prévalu longtemps dans les usages. On trouve des accords de proximité sous la plume des plus grands auteurs et autrices, de même que sous la plume des lettrés rédigeant des essais, jusqu'au milieu du XIXe siècle.

C'est la généralisation de l'école primaire, entre le milieu de ce siècle (pour les garçons) et sa fin (pour les filles) qui a permis d'imposer la nouvelle règle, et de faire disparaître les autres types d'accord.

La formule employée jusqu'à cette période n'était pas «le masculin l'emporte sur le féminin», mais la référence au «genre le plus noble». L'actuelle ne semble pas avoir été promue par les auteurs de grammaires, sans doute en raison de ses connotations trop visiblement sexistes. Elle paraît avoir été mise au point pour les instituteurs et institutrices, et avoir transité par les manuels du primaire et les instructions officielles.

Y avait-il
du moins accord entre grammairiens?
Non. Un exemple, celui de la Grammaire élémentaire de Lequien (p.114-116):

«Quand un adjectif suit deux substantifs régimes, soit régimes d'un verbe, soit régimes d'une préposition, et que cet adjectif ne se prononce pas au singulier comme au pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: alors il est sous-entendu après le premier.

  • EXEMPLES:
    - Ce soupçon se répandit dans tout le camp, et y excita des plaintes et un mécontentement général. (Vertot)
    - C'est donc en vain qu'on met la véritable gloire dans l'honneur et la probité mondaine. (Massillon)
    - Je parle avec confiance d'une mort chrétienne, préparée par des infirmités sensibles et humiliantes, par un retranchement des plaisirs et des consolations humaines. (Fléchier)
    - En effet, c'est comme une espèced'enthousiasme et de fureur noble qui anime l'oraison, et qui lui donne un feu et une vigeur toute divine. (Boileau)
    - Surtout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières,
    Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. (Racine)
    - Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle.» (le même)

Quelle est l'oreille qui pourroit s'accomoder de généraux dans le premier exemple, mondains dans le second, humains dans le troisième, divins dans le quatrième, entiers dans le cinquième, et nouveaux dans le sixième?»

Pour le reste, Lequien suit la règle du masculin qui l'emporte, sans utiliser cette formule ni une autre («Quand les deux substatntifs auxquels un adjectif se rapporte sont de différents genres, l'adjectif se met au pluriel et au masculin.»)

Comment
fait-on ailleurs?
Les autres langues romanes ignorent cette règle. Comme l'ancien français, elles laissent le choix entre divers types d'accord. Elles aussi pratiquent souvent l'accord de proximité.
Comment
pourrait-on faire?
Le plus urgent est d'abandonner la règle mise au point au XVIIe siècle: et parce que le français peut s'en passer, et surtout parce que son apprentissage installe dans les esprits un message d'ordre social et politique nuisible à l'égalité des sexes.

Plusieurs solutions s'offrent à nous pour la remplacer:
- revenir aux usages de l'ancien français et des autres langues romanes, en laissant le choix des accords;
- promouvoir l'accord de proximité; combiné à l'ordre alphabétique, il permet d'éviter l'usage des signes diacritiques aujourd'hui introduits (avec raison lorsque c'est nécessaire) dans la langue écrite: plutôt «les femmes et les hommes sont arrivés», «les rédacteurs et les rédactrices sont satisfaites», que «les femmes et les hommes sont arrivé-es» (ou arrivé-e-s), «les rédacteurs et les rédactrices sont satisfait-es» (ou satisfait-e-s).

Les
mobilisations
Mai 2011 : Que les hommes et les femmes soient belles !

Pétition à l'initiative de : L'égalité, c'est pas sorcier ! - La Ligue de l'enseignement - Le Monde selon les femmes

« Le masculin l'emporte sur le féminin. »
Cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi: «lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte.
Pourtant, avant le 18e siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité: en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment.
Plus récemment, l'éminente linguiste, Josette Rey-Debove, l'une des premières collaboratrices des dictionnaires Le Robert, disait à ce sujet: «J'aime beaucoup la règle ancienne qui consistait à mettre le verbe et l'adjectif au féminin quand il était après le féminin, même s'il y avait plusieurs masculins devant. Je trouve cela plus élégant parce qu'on n'a pas alors à se demander comment faire pour que ça ne sonne pas mal.

335 ans après la réforme sexiste de la langue
Nous appelons chacun-e à révolutionner les écrits, les correcteurs d'orthographe et nos habitudes en appliquant la règle de proximité!
Nous demandons à l'Académie française de considérer comme correcte cette règle qui dé-hiérarchise le masculin et le féminin et permet à la langue une plus grande de liberté créatrice.

De nombreux blogs
ont relayé cette initiative.

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