Marguerite de Valois, dite la reine Margot

Un site présenté par Eliane Viennot


légende

Apparition des motifs légendaires

Dates et sources identifiées

sur l'ensemble du mythe, voir bibliog. IV, Viennot 3/24

- 1572 : Elle a sauvé Navarre du massacre de la Saint-Barthélémy (rumeur de la Cour)
- 1575 : Inceste avec Alençon (Le Réveil-Matin des Français)
- 1580 : Liaison avec Turenne (rumeur de la Cour)

  • 17e siècle

- 1604 : Elle a demandé à Vitteaux de tuer Le Guast (De Thou)
- 1607 : Elle «s’est donnée en proie à mille», sans compter «ses jeunes frères»; elle a toujours eu son mari en horreur; avec la duchesse de Nevers, elle est allée rechercher les têtes de La Molle et de Coconas, et elles les ont enterrées de leurs propres mains (Anonyme, Le Divorce satyrique, non publié, motifs non diffusés avant 1660) — voir bibliog. IV, Viennot 13
- 1617 : En 1580, elle a poussé à la «guerre des amoureux», parce que son frère Henri III la méprisait ouvertement et que son frère Alençon se moquait d’elle avec le duc de Guise, devant madame de Sauve (Aubigné)
- 1630 : Elle «avait donné son coeur» à Guise (Coste); elle a connu «une passion déréglée» pour Alençon (Dupleix)
- 1632 : En 1583, elle a été renvoyée du Louvre après une scène publique avec Henri III, à cause de son inconduite et de sa responsabilité dans le meurtre du courrier de Joyeuse (Busbec)
- 1633 : Des bâtards sont «nés d’elle durant son divorce et éloignement du roi», notamment un religieux qu’«on n’a jamais voulu punir comme imposteur» et «qui s’est si longuement produit (ainsi qu’il fait encore) pour fils de la Reine Marguerite» (Dupleix)
- 1646 : Le jour de son mariage, Charles lui a poussé la tête pour la faire acquiescer (Mézeray)
- 1651 : Elle a voulu la «guerre des amoureux» parce qu’en 1580, Henri III a fait connaître au roi de Navarre les bruits scandaleux qui couraient à propos d’elle et de Turenne (Mézeray)
- 1660 : Première édition du Divorce satyrique et diffusion des motifs de ce texte (voir 1607).
- 1660+ : Elle a écrit La Ruelle mal assortie (Tallemant des Réaux, non publié, motif non diffusé: voir 1834) — voir bibliog. IV, Viennot 1
- 1665 : Elle est «le miracle du monde»; elle a séduit Canillac pour pouvoir le chasser d’Usson (Brantôme, 1588-92); elle «n’est pas la plus fidèle historienne du monde» (Gomberville)
- 1694 : Elle avait été promise à Guise à l’âge de sept ans (Varillas)

  • 18e siècle

- 1715 : Elle se rajeunit de deux ans dans ses Mémoires; ses panégyristes ont caché la vérité (Bayle)
- 1776 : Elle est «la princesse la plus extraordinaire qui ait paru dans le XVIe siècle» (Dreux du Radier)

  • 19e siècle

- 1834 : Première publiation des Historiettes de Tallemant des Réaux et diffusion des motifs liés à ce texte (voir 1660+)
- 1836 : En 1582, de retour à Paris, elle a repris ses relations avec Guise (Buchon); la «scène publique» du Louvre a eu lieu au cours d’un bal; Marguerite a interrompu ses Mémoires par honte de ce qu’elle allait devoir avouer par la suite (Michaud/Poujoulat)
- 1843 : Ses lettres à Champvallon sont «un exercice purement littéraire»; première identification d’une «légende» de la reine (Bazin)
- 1843 : La lettre de Navarre à Marguerite, du 10 avril 1580, est «ostensible» (Berger de Xivrey)
- 1844 : Apparition du sobriquet «reine Margot» (Dumas)
- 1852 : Son éloge par Brantôme est «délirant» (Sainte-Beuve)
- 1855 : La Ruelle mal assortie est «sans hésitation» un ouvrage de Marguerite (Lalanne)
- 1858 : Elle s’est donnée à Vitteaux pour prix de l’assassinat de Le Guast (Michelet)
- 1885 : Les nuages entre Champvallon et elle, durant l’année 1582, sont l’œuvre de la baronne de Sauve; lors de la «scène publique» de 1583, non seulement il y avait un bal mais c’est elle qui le présidait (La Ferrière)
- 1886 : Roch de Combettes a été son amant (La Hitte)

  • 20e siècle

- 1905 : Première biographie consacrée à «la Reine Margot»; un chapitre consacré à la légende (Merki)
- 1923 : Le Guast fut son amant (Grand Larousse du XXe siècle)
- 1924 : On l’appelait la «grosse Margot» (Ratel); Saint-Vincent fut son amant (Andrieux)
- 1928 : Elle était hystérique (Mariéjol)
- 1929 : Marguerite a séduit Vitteaux avec l’aide d’Henriette de Nevers (Rival)
- 1934 : Choisnin fut son amant (Vasseur)
- 1940 : Sa nymphomanie, comme l’homosexualité de son frère Henri III, venaient du tréponème pâle (bactérie responsable de la syphilis), hérité des grands parents (Vaissière)
- 1965 : Frère Ange est le fils qu’elle a eu de son dernier chanteur, Villars (Jean Babelon)
- 1968 : La lacune relative au récit du mariage, dans les Mémoires de la Reine, est voulue: Marguerite désirait rester sur un «exposé de son triomphe personnel» (Haldane)
- 1985 : Elle a eu des «relations coupables» avec Thorigny (Constant)
- 1994 : Elle a été violée en public par ses frères, au Louvre; elle et la duchesse de Nevers allaient chercher des hommes dans les rues de Paris (Chéreau & Thompson); elle était alcoolique (Garrisson) — voir bibliog. IV, Viennot 24


Marguerite

personnage de fiction




- 1595? : Shakespeare, Love’s Labour lost [Les Peines d’amour perdues]
  • 17e siècle

- 1607 : Honoré D’Urfé, L’Astrée, Paris, Du Bray
- 1642 : [Dampmartin, retouché par Sorel], La Fortune de la Cour, Ouvrage curieux tiré des Mémoires d’un des principaux conseillers du duc d’Alençon, Paris, Nicolas de Sercy
- 1644 : Anonyme, La Ruelle mal assortie, in Nouveau Recueil des pièces les plus agréables de ce temps, Paris, Nicolas de Sercy, p.95-101 — voir bibliog. IV, Viennot 1
- 1651 : Louise de Lorraine, princesse de Conti, Histoire des amours du Grand Alcandre, Paris, Vve Guillemet
- 1665 : Pierre Le Moyne, «Consolation à Endoxe [Eudoxie]», in Entretiens et lettres poétiques, Paris, Etienne Loyson
- 1678 : Anonyme, Mademoiselle de Tournon, Paris, Claude Barbin
- 1695 : De Brye, Le Duc de Guise surnommé le Balafré, Paris, Brunet

  • 19e siècle

- 1819 : Anonyme, Le Chansonnier des Grâces, p.35-6; 1821: ibid., p.133-4
- 1829 : Prosper Mérimée, Chronique du roi Charles IX, Paris, A. Mesnier
- 1831 : Stendhal, Le Rouge et le Noir, Paris, A. Levavasseur
- 1832 : Le Pré aux clercs, Opéra de Hérold, livret de Planard
- 1836 : Les Huguenots, Opéra de Meyerbeer, livret de Scribe
- 1844-1845 : Alexandre Dumas, La Reine Margot — voir bibliog. IV, Viennot 5, 6, 15, 26
- 1872 : Roger de Beauvoir, Le Moulin d’Heilly, Paris, Levy

  • 20e siècle

- 1910 : Camille de Morlhon, La Reine Margot, film
- 1914 : Henri Desfontaines, La Reine Margot, film
- 1935 : Édouard Bourdet, Margot, pièce de théâtre
- 1937 : Jeanne Galzy, Margot, reine sans royaume, Paris, Gallimard
- 1954 : Jean Dréville, La Reine Margot, film — voir bibliog IV, Sellier
- 1961 : René Lucot, La Reine Margot, téléfilm
- 1980 : Robert Merle, Paris, ma bonne ville, Paris, Plon; 1982 : Le Prince que voilà, Paris, Plon
- 1994 : Patrice Chéreau, La Reine Margot, film— voir bibliog. IV, Sellier
- 1995 : Jean-Amédée Saubion, Nérac, ville Renaissance: le roi Henri, la reine Margot, le ministre Sully, Nérac, Éd. Gascogne au cœur

  • 21e siècle

- 2003 : Jocelyne Godard, Les Amours de la reine Margot: les amants sacrifiés, Paris, Le Sémaphore


Un mythe, pour quoi faire ?
Dépréciatifs ou romanesques, des motifs légendaires relatifs à la reine Marguerite ont commencé à fleurir au XVIIe siècle, à la suite de son retour dans la capitale, puis surtout à partir du succès de ses Mémoires. C'est au XIXe siècle, cependant, qu'est né un véritable mythe, à partir du nouveau personnage confectionné et rebaptisé par Alexandre Dumas: celui d'une jeune princesse délurée multipliant les amants et leur portant malheur. Comme tous les mythes, celui-ci a une fonction «explicative», c'est-à-dire qu'il a servi à rendre raison de phénomènes inexplicables sur un mode rationnel. En l'espèce, le mythe de la reine Margot servit à justifier l’exclusion des femmes du pouvoir perpétrée pendant la Révolution française et maintenue par tous les régimes jusqu’en 1944 – exclusion inexplicable dans une société censée avoir aboli les privilèges, révérant le «suffrage universel» et proclamant l'idéal de l'égalité entre tous ses membres.

Marguerite de Valois n'est pas la seule de ses semblables à avoir subi un tel sort. Le XIXe siècle n'a cessé de mettre en scène des reines faisant la preuve de leur incapacité à gouverner, en raison de la primauté donnée par elles aux «passions» (amoureuses ou politiques). A côté de mythes de reines cruelles, beaucoup plus anciens pour certains (Frédégonde, Brunehaut…), qui ont alors connu une nouvelle jeunesse et ont été utilisés à la même démonstration dans les manuels scolaires jusque dans les années 1960, celui de la reine Margot a servi à d'autres usages encore. Seule de ses homologues à être connue pour sa grande culture, on lui a fait incarner les «mauvais usages du savoir» que peuvent faire les femmes dans l'esprit des misogynes, justifiant ainsi la poursuite de leur exclusion des lieux de formation supérieure. Enfin, le mythe de la reine Margot servit aussi «à masquer comment de telles femmes avaient utilisé leur notoriété et leur savoir, pour agir, seules ou avec d’autres, pour écrire, pour modifier le rapport de forces entre les sexes au profit de leurs semblables.» («Marguerite de Valois, auteure et mécène parmi d’autres…», voir bibliog. IV, Viennot 18)

Sur le fait que ce mythe ne semble plus fonctionner, voir Bibliographie, référence n° 24.


La reine Margot, pour faire vendre…
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  1. les fines ont leur reine: «la Reine Margot», grande fine d'Armagnac, Ortholan Frère, Auch (Gers), France
  2. La Reine Margot, Eau de Parfum. Les parfums historiques, Paris
  3. Robert Muchembled, Passions de femmes au temps de la reine Margot, 1553-1614, Paris, 2003
  4. Pierre Lunel, Les Amours de l'histoire de France, Volume 2 : Au temps de la reine Margot, Monaco, Alphée-Jean-Paul Bertrand, 2010

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