Marguerite de Valois, dite la reine Margot

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œuvres

Déclaration du roi de Navarre

(1574)

La première œuvre connue de Marguerite de Valois fut composée dans l'urgence, durant les folles journées du printemps 1574 qui suivirent l'arrestation de son frère et de son époux, après l'échec d'une des premières initiatives du tiers parti, dite «complot des Malcontents». Charles IX étant à l'agonie, les conspirateurs voulaient imposer son plus jeune frère François de Valois comme successeur à la couronne, en évinçant Henri, alors roi de Pologne, connu depuis la Saint-Barthélemy pour son engagement dans le camp pro-catholique, et dont on redoutait que l'accession au trône ne fût synonyme de reprise des conflits religieux. Tandis que les complices arrêtés étaient soumis à la question (dont les futurs très célèbres La Molle et Coconnat, conseillers politiques de François d'Alençon), tandis qu'on poursuivait ceux qui avaient pu s'échapper, les princes se virent sommés de s'expliquer devant une cour de justice ad-hoc, et c'est Marguerite que son époux chargea d'écrire le texte de sa défense. Elle raconte brièvement cet appel à l'aide dans ses Mémoires:

  • Les choses en vinrent à tels termes que l'on députa commissaires de la cour de Parlement pour ouïr mon frère et le roi mon mari, lequel n'ayant lors personne de conseil auprès de lui, me commanda de dresser par écrit ce qu'il aurait à répondre, afin que par ce qu'il dirait, il ne mît ni lui ni personne en peine. Dieu me fit la grâce de le dresser si bien qu'il en demeura satisfait, et les commissaires étonnés de le voir si bien préparé.

Ce court plaidoyer, mené à la première personne du singulier et signé Henri, est extrêmement incisif. Salué en son temps pour son habileté, il fut publié quatre ans plus tard sous le titre Déclaration du roi de Navarre, sans plus de précision. Les partisans du roi, comme ses premiers historiens, en firent souvent la première manifestation de son génie politique. On ne commença à comprendre qu'au XVIIIe siècle que le texte était de la plume de Marguerite. On le retitra alors Mémoire justificatif pour Henri de Bourbon. Depuis le XIXe siècle, il est régulièrement publié à la suite des Mémoires.


Mémoires

(1594 + )





édition 1665

C'est le plus beau texte de Marguerite de Valois, et à coup sûr le plus célèbre. Écrit pendant l'exil, alors qu'elle s'ennuyait dans sa forteresse auvergnate mais qu'elle croyait toute proche la sortie du désert (Henri IV venait de reprendre contact avec elle pour lui proposer de faire annuler leur mariage). Marguerite s'y adresse à son vieil ami Brantôme, à qui elle avait autrefois commandité une Vie (à la manière des Vies des hommes illustres de Plutarque), et qui venait de lui envoyer un Discours sur la reine France de Navarre, Marguerite. Ce texte comportant des erreurs, il donna à Marguerite le désir de préciser certains faits. Elle écrit en ouverture:
  • Je tracerai mes mémoires, à qui je ne donnerai plus glorieux nom, bien qu'ils méritassent celui d'histoire, pour la vérité qui y est contenue nûment et sans ornement aucun, ne m'en estimant pas capable, et n'en ayant aussi maintenant le loisir. Cette œuvre donc, d'une après-dînée, ira vers vous comme les petits ours, en masse lourde et difforme, pour y recevoir sa formation. C'est un chaos duquel vous avez déjà tiré la lumière; il reste l'œuvre de cinq autres journées. C'est une histoire certes digne d'être écrite par cavalier d'honneur, vrai Français, né d'illustre Maison, nourri des rois mes père et frères, parent et familier ami des plus galantes et honnêtes femmes de notre temps, de la compagnie desquelles j'ai eu ce bonheur d'être.

Marguerite pensait que Brantôme, ayant reçu de quoi rectifier son Discours, le réécrirait dans un sens plus juste. Mais elle se prit en cours de route au jeu de l'écriture mémorialiste, et elle décida d'assumer elle-même le récit de sa vie. On ne sait jusqu'où elle le poursuivit: le texte s'interrompt brutalement à l'orée de l'année 1582. Elle ne l'envoya jamais à son admirateur, et ne lui en parla pas davantage quand il vint la voir à Usson. Le texte, vraisemblablement retrouvé dans ses papiers après sa mort, fut publié treize ans plus tard, en 1628. Il connut aussitôt un immense succès. Il faut dire que l'ouvrage, l'un des premiers du genre, et en tout cas le premier lisible «comme un roman», permettait d'entrer de plain-pied dans la cour flamboyante des derniers Valois, et d'y suivre aussi bien les grands événements politiques de la période (Saint-Barthélemy, complots des Malcontents…) que des épisodes dérisoires ou tragi-comiques malicieusement rapportés (disputes au sein de la famille royale, Querelle des mignons…) Un tel talent devait non seulement donner aux générations suivantes, grandes lectrices des Mémoires, l'envie d'imiter la reine, mais aux amateurs de fictions le désir de puiser dans l'œuvre des motifs sur lesquels broder.


Poésies


Les poésies retrouvées de Marguerite de Valois sont en nombre très faible. Très longtemps, la tradition n'en transmit que trois. Les recherches de la fin du XXe siècle ont permis d'en retrouver une dizaine, qu'elle avait fait insérer dans des recueils collectifs de pièces anonymes, ou dans ceux de ses protégés. A quoi s'ajoute une poignée d'autres, écrites en collaboration avec des poètes de ses différents cercles – ce qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire littéraire, car les pratiques d'écriture collective étaient alors courantes. Dans ce corpus s'affirment d'une part un ton élégiaque jusqu'alors inconnu des écrits de la reine, mais aussi son aisance dans les genres les plus utilisés de son temps, comme le sonnet et l'épigramme, où l'on retrouve parfois le ton malicieux des Mémoires. Nous donnons ici l'épigramme intitulée «A mon valet, sur ses Œuvres poétiques», épigramme signée Minerve et publiée dans le second volume des Œuvres poétiques d'Audiguier (1614)
    • Amant qui feins tant de trépas,
      Languissant aux pieds de ta belle,
      Ou tu te plains d'être fidèle,
      Ou tu te plains qu'elle n'est pas !
      En l'un, sa contrainte l'excuse
      De ce dont ta plainte l'accuse ;
      En l'autre, se plaindre d'avoir
      Fidèlement servi son Maître,
      C'est plaindre contre le devoir
      D'avoir été ce qu'on doit être !

Discours sur l'excellence des femmes

(1614)


Le dernier texte en prose que nous ayons de Marguerite de Valois est une sorte de longue lettre rédigée à la fin de sa vie, pour répondre aux propos misogynes d'un jésuite, le Père Loryot. C'est un petit manifeste féministe fort spirituel et d'une brièveté remarquable (en comparaison des écrits de cette veine), dont elle explique elle-même, en ouverture, les circonstances de la rédaction:
  • Mon Père, l'heur m'ayant été si grand, lorsqu'il vous plut me bailler votre beau livre, de m'être rencontrée en quelqu'une de vos conceptions aux raisons que vous apportez sur la question «Pourquoi la femme est plus propre à la dévotion que l'homme?» […], j'oserai, ayant lu tous les chapitres que vous faites sur cette question […] «Pourquoi l'homme rend tant d'honneur à la femme?», vous dire que, poussée de quelque ambition pour l'honneur et la gloire de mon sexe, je ne puis supporter le mépris où vous le mettez [en] voulant qu'il soit honoré de l'homme pour son infirmité et faiblesse. Vous me pardonnerez si je vous dis que l'infirmité et faiblesse n'engendrent point l'honneur, mais le mépris et la pitié; et qu'il y a bien plus d'apparence que les femmes soient honorées des hommes par leurs excellences; espérant, par les raisons qui suivent, vous prouver que, non par l'infirmité mais par l'excellence de la femme, l'homme lui rend honneur.

Combattu sur son propre terrain, celui des Discours et de la tradition scholastique, le jésuite inséra ce texte dans le volume suivant de ses écrits, Les Fleurs des secretz moraux, en l'intitulant Discours docte et subtil dicté promptement par la reine Marguerite. En laissant publier cette petite œuvre, la dernière des Valois s'inscrivait non seulement dans la Querelle des femmes — qui l'avait jusque là fort peu préoccupée — mais aussi dans la communauté des auteurs, puisque c'est là son seul texte en prose publié sous son nom de son vivant.

! Un manuscrit de cette oeuvre vient d'être découvert en Angleterre, traduit au XVIIe siècle par une main inconnue (Bodleian Library, Oxford, MS Rawlinson, C574) — Plus d'informations


Lettres

(1569-1614)

Peu à peu mise au jour au cours des siècles, la correspondance conservée de Marguerite de Valois comporte aujourd'hui près de 500 lettres — ce qui n'est qu'une toute petite partie de ce qu'elle écrivit véritablement. Deux fois plus volumineux, en son état actuel, que le reste des écrits, cet ensemble est exceptionnel, tant par la qualité des correspondants (souverains européens, famille royale française, hommes d'Etat, domestiques, amoureux, amis et amies…) que par celle des documents (près de 350 lettres sont entièrement écrites de sa main). La correspondance de Marguerite de Valois constitue par ailleurs une œuvre en soi, qui dévoile des aspects insoupçonnés de son talent, de sa pensée et de son esthétique. Elle se présente également comme le miroir où se reflètent sa vie, sa personnalité, ses œuvres, leur genèse, leur évolution. Enfin, c'est un document exceptionnel pour ce qu'elle livre, au-delà de Marguerite et de ses correspondant-es, sur l'histoire de notre pays, de ses institutions, de sa langue, de même que sur l'histoire des mentalités et de la vie intellectuelle à la fin de la Renaissance.


Nous donnons ci-dessous une lettre de janvier-février 1580, adressée à la duchesse d'Uzès, de Nérac. Elle est signée de l'un des nombreux monogrammes utilisés par la reine. Elle révèle le système orthographique qui lui avait été enseigné (l'un de ceux qui étaient préconisés dans les années 1550) — BNF (reprod. dans Correspondance).

Ma Sibylle, je vous écrirais plus souvent,
mais la Gascogne est si facheuse
qu'elle ne peut produire que des
nouvelles semblables à elle. Je
ne vous parlerai donc point
d'ici, mais je me réjouirai du
contentement que vous avez
de voir la reine ma mère, de
quoi je vous porte grande envie,
et vous supplie, quand vous
parlerez à elle, lui faire quelque
fois ressouvenir du très humble
service que je lui ai fidèlement
voué. Vous m'y avez, par le passé,
fait tant de bons offices,
que je ne doute point que
ne me les continuiez. Aussi vous
supplié-je de croire que vous
vous employez pour une
personne qui n'eut jamais
d'ingratitude dans son cœur /

et qui vous aime et vous honore tout ce qui se peut.
Croyez-le et ne permettez à l'absence de m'éloigner de votre bonne grâce, que
vous connaîtrez par mes actions être tenue de moi infiniment chère.
Adieu, ma Sibylle, je vous baise les mains.

$ M $


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