Marguerite de Valois, dite la reine Margot

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Les ami/es de Marguerite

Pierre de Deimier

Le Printemps des lettres amoureuses ou delices de l’Eloquence françoise. Dedié à la Royne Marguerite. Paris, François Huby, 1615.

À la Reine Marguerite.

Madame, ça été une coutume reçue entre les Républiques mieux policées, et même des anciens Romains, que lors qu’ils allaient commencer quelque guerre, ils recommandaient par prière leurs armées aux Dieux, leur faisaient des vœux pour avoir la victoire, et, l’ayant obtenue, ils accomplissaient ce qu’ils avaient promis. Mon âme, étant ainsi curieuse de témoigner partout les vœux qu’elle vous doit, et de rendre ce Livre victorieux de tout ce qui le pourrait opposer, n’a pu faire mieux que de le vouer à votre Majesté, puisqu’en reconnaissance du zèle dont il lui est dédié, votre faveur lui donnera librement les conditions d’une nature immortelle, tout ainsi que si parfaitement au moyen de vos vertus du tout augustes, vous avez donné l’immortalité à votre nom. Mais parmi les triomphes que cet ouvrage s’acquiert sous l’aveu de votre Majesté, je me vois traversé de beaucoup d’ennuis, puisque je vois qu’il est du tout incapable de souffrir avec mérite la splendeur de votre vue, et d’être touché de vos royales mains; vu qu’outre que votre rang est élevé par dessus toutes les Princesses du monde, vos vertus qui sont toutes du Ciel, ne doivent recevoir des Sacrifices que des mains de la même Gloire. Mais quoi? Puisque, suivant le dire du divin Platon, Amour est un désir de chose belle, à qui pouvais-je offrir dignement ce Printemps des lettres amoureuses, qu’à vous qui êtes l’unique et la céleste fleur de la terre? La vertu et l’Amour qui fleurissent en ce Printemps, ne pouvaient pour leur mire et pour leur support faire élection d’un Astre plus favorable que votre Majesté, en qui les beautés et les grâces sont si divines, qu’elles auront toujours le pouvoir de servir à ces écrits de Ciel, et de Soleil pour leur départir à jamais la vie, l’honneur et la lumière. Ainsi, c’est de mon devoir comme de mon affection que, depuis que je connais la vertu, mon esprit vous est du tout religieusement asservi, et que plus j’admire tant de dignités qui vous rendent parfaite, plus j’y trouve des fruits d’admiration. C’est pourquoi j’estime que celui qui les voudrait nombrer serait plus téméraire que cet audacieux Hipparque, qui, ne se trouvant satisfait d’avoir inventé des règles et des proportions pour mesurer les Cieux et leurs mouvements, voulut faire un dénombrement de toutes les Étoiles. Aussi ce Léontin si docte, qui se vantait aux plus savants de discourir très suffisamment de toutes les sciences qu’un chacun voudrait ouïr, perdrait par vous en ce Siècle l’opinion qu’il avait de sa suffisance. Car vos vertus sont si divines et en si grand nombre, que, tout ainsi qu’elles sont incomparables en la terre, elles ne peuvent être toutes comprises en l’intelligence des humains. C’est par la contemplation de tant de qualités royales qui décorent votre Majesté, que mon âme, en admirant toute la gloire des beaux esprits en votre nom, le fait comme [si c’était] un Panthéon, où les Divinités que les pensées y adorent ne sont autres que vos perfections.
Et c’est ainsi que je vous supplierai, MADAME, que suivant l’accoutumée douceur dont les Dieux avouent les offrandes des plus petits Bergers, votre Majesté daigne recevoir ces discours, et les avouer comme étant leur Déité tutélaire. Cette faveur m’obligera d’autant plus heureusement à continuer les vœux que mon âme a faits d’être éternellement soumise à vous servir, puisque, tout ainsi que la pierre Galazimite a si grand pouvoir qu’elle donne guérison à toutes sortes de plaies, je verrai que le jour de votre nom et l’aspect de votre bénignité garantiront ce Livre de toutes les attaques que le temps, le destin, et l’ennui sauraient dresser contre lui. Je me promets ce bien de vos grâces, car c’est avec tout respect et humble dévotion que j’apporteces fleurs à vos Autels, et que c’est mon désir plus ardant de faire connaître que je suis, et serai à jamais,
Madame,
De votre Majesté,
le très humble, et très obéissant Serviteur,
De Deimier.

Texte établi par Sophie Cinquin, avec la collaboration d'Éliane Viennot (orthographe et ponctuation modernisées; majuscules respectées sauf cas introduisant des confusions; quelques alinéas créés dans les textes longs).

mis en ligne le 16.1.2012


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